6 févr. 2013

 

Le Kodama Art Studio est invité
http://www.european-bonsai-san-show.com/
Nous participerons avec un linéaire contemporain
d'une sélection de nos compositions .

Laurent Darrieux fera une démonstration  
samedi après midi. 
 

Nous serons heureux de vous y retrouver nombreux.

 

22 nov. 2012

REUNION ANNUELLE DU KODAMA ART STUDIO

Amitié, passion, partage, échange, voici les mots qui caractérisent le mieux ce moment passé lors de ce week end de novembre.
Un week end détente, avec tout de même un peu de bonsai.
Quelques photos afin de vous faire partager ce moment.













On a aussi travaillé quelques arbres.





























Et quelques autres pour le plaisir.










3 juil. 2012

LE PIN SYLVESTRE PAR BAUDOUIN DE LORGERIL

En toute modestie.. je pense maitriser le pin sylvestre, et de là tous les pins ...


 J'en suis venu à cultiver les pins sylvestres, et d'emblée des vieux yamadori prélevés en haute montagne, car j'étais émerveillé de voir ces petits arbres miniatures et naturels lors de mes promenades en montagne. Je faisais des photographies de la flore alpine sur les alpages : les edelweiss, les gentianes, digitales, etc..., et j'avais dès 1973 l’expérience du prélèvement de jeunes plants de pins sylvestres sauvages pour ma belle mère, qui se passionnait de les cultiver sur son balcon pour avoir un arbre de noël à disposition.
 Aussi quand j'ai vu ces vieux yamadori contournés, centenaires et majestueux, je me suis rendu compte tout à coup qu'ils étaient là depuis fort longtemps, à affronter les frimas, la sécheresse, les éboulement de pierres, les dégâts par les animaux, etc... Ils étaient d'une beauté étrange et surtout en pleine forme avec de petites aiguilles bien vertes, je ne savais pas que les japonais et les chinois appelaient ça des bonsaï, mais ça me rappelait vaguement les formes d'arbres que l'on peut voir sur les paravents ou estampes asiatiques, notamment japonaises.





Un ami, venu chez moi diner, m'a dit que je devrais venir voir le commerçant en dessous de chez lui et qui vendait des bonsaïs: qu'est ce un bonsaï ? lui ai je dit.. Et en voyant les merveilleux érables du japon, les pommiers aux fruits tout petits, je me suis dis qu'il y avait encore plus beau en haute montagne : des pins encore plus beaux que les pin noirs ou blancs du Japon que je voyais dans ce magasin..


Mon premier prélèvement en 1983 fut un pin sylvestre, poussant sur les ardoises qui s'effritaient par plaques entières, avec de racines longues de plusieurs mètres et avec des racines nourricières ! Il m'a suffit d'enrouler ces longues racines chevelues dans de la litière pour chat, et comme celle ci était toute molle, n'offrant pas une stabilité suffisante, j'ai attaché le tout solidement avec du fil de fer pour que l'arbre ne bouge plus et donc que les racines ne bougent pas. J'ai ensuite recouvert de plaques d'ardoise créant une humidité salvatrice et tout ça au soleil de l'automne. Sans le vouloir j'ai découvert les deux secrets pour réussir la reprise : prélever des nourricières même si elles sont très loin du tronc, au bout des racines, et surtout la fixation du tout au contenant (c'est un des secret, comme pour les boutures..), et le substrat léger et drainant, fait de débris d'ardoise et surtout du mycorhize, que j'arrosais abondamment,  et hop.. tout ca au soleil !.. Une chance, d'emblée pas de déception, la réussite !! Ce n'est qu’après que j'ai compris que j'avais fait tout comme il fallait, sans m'en rendre compte: une essence autochtone, et d’emblée toutes les conditions pour réussir : ce pin je l'ai donné à Sébastien Dalbera pour sa démonstration à la Noelander's !!





Mon expérience et ma façon de faire sont autodidactes. Car il n'y avait à cette époque aucun bonsaika qualifié, seulement deux commerçants, en France Remy Samson et en Allemagne Paul Lesniewizc. Mon apprentissage s'étant déroulé selon une méthode expérimentale, tout seul dans mon coin pendant quelques 10 ans, j'ai progressé lentement mais sûrement.Tout ce que je sais maintenant à été vérifié et éprouvé côté technique et côté esthétique aussi.  C'est venu tout doucettement en faisant des erreurs, en remettant à chaque fois tout en cause, car à chaque échec on apprends de ses erreurs. Les deux ou trois livres de l’époque ne m'ont pas apporté grand chose, ils étaient surtout des stimulants pour aller au delà de ce qui été écrit et faire mieux. Ils semblaient être bourrés d'idées fausses, de non sens, qui ne collaient pas avec la réalité que l'observation patiente que je faisais moi même sur le terrain. Par la suite tous les autres livres édités semblaient être copiés les uns sur les autres, reprenant les mêmes idées fausses qu'un japonais avait dû écrire sur les bonsai cultivés ( pour l'exportation ), selon des critères japonais, sur des essences japonaises, avec un climat différent et on est trente ans après toujours influencé par ces écrits et des gens continuent à ne jurer que par le desaiguillage des pins kuromatsu, ça me laisse rêveur : il va falloir encore combien d'années aux européens pour ouvrir les yeux et faire le distinguo, combien d'années faudra t-il pour rectifier les erreurs, les mauvaises interprétations des écrits des japonais des années 70 - 80 et changer la vision du bonsaï, plus libre, plus naturel, moins japonais et en quelque sorte plus européen.. Sortir du carcan inventé par les japonais à des fins commerciales notamment et pour garder le monopole de leur art.

Ma démarche a été de me faire moi même mon opinion, de rester libre et d'apprendre plus de l'observation de la nature qui m'entourait et non pas des livres plagiés des japonais avec l'inévitable catalogue des essences que l'on peut transformer en bonsaï qui occupait les 9/10emes du livre.



Sans que cela soit voulu de ma part, ma démarche a été un peu comme celle des anciens du Japon shintoïste puis bouddhique : l'amour et l'admiration de la nature sauvage, au point d'en faire la base de leur croyance dite animiste : les arbres, comme les pierres , ou manifestation impressionnantes de la nature, sont animées par quelque chose de surnaturel : un esprit !

L'approche animiste est la meilleure solution pour faire du beau bonsaï à partir de Yamadori... Quand on prélève un Yamadori centenaire, on déracine un être vivant qui a la mémoire des temps passés, qui a l'intelligence de plusieurs centaines d 'années de vie, qui a un esprit, l'esprit des lieux où il a vécu et qui habite cet être. Il a fallu tant et tant d'années à cette plante pour nous parvenir aussi belle de son vécu, que l'on ne peut pas ne pas être ému en la découvrant . Donc du respect, de l'amour, de l'admiration.

L'arbre de ma vie, prélevé il y a plus de vingt ans :


LE YAMADORI

D'abord tout se voit dans la nature.. et des exemples j'en ai un extraordinaire: c'est un pin qui est actuellement dans le musée Crespi, c'est pour dire.. il a été décroché par accident, sans le vouloir, de sa paroi lors d'une escalade de falaise, il n'y avait aucune racine visible avec un pivot racinaire cassé net au collet. Avec mon acolyte de l'époque nous l'avions jugé inapte  à une quelconque reprise, d'autant qu'il était sans intérêt un bâton de 1,5 mètres avec toutefois deux grandes branches basses, nous l'avions jeté du haut de là où nous étions quelques cinquante mètres en contrebas ... au retour et n'ayant rien trouvé ce jour là, nous l'avions récupéré en redescendant, un peu dégouté de revenir bredouille. Je l'ai mis en terre dans un pot de reprise, une litière pour chat que trois ou quatre jours plus tard..et je ne m'en suis plus occupé ensuite pendant des mois: au printemps il a fait une montée de chandelles, stupéfiant...! Ce jour là j'ai l'impression d'avoir réussi une bouture..d'un arbre centenaire.

Surtout ne pas voir la rentabilité de la sortie Yamadori et de raisonner en comptable, par exemple le pourcentage de survie, etc.. Un Yamadori est quelque chose d'unique et de merveilleux, pensez à l'idée que cette plante est là, devant vous, prélevable, et qu'elle est là depuis plusieurs dizaines voire centaines d'années, et qu'elle peut être votre. Attention.. l'instant est magique et le coût comme la rentabilité de l'affaire ne saurait être de mise à ce moment là: c'est inconvenant convenez en, même si ce n'est qu'un végétal, la vie est précieuse, l'esprit de cet arbre est là, précieux,  le moment est chargé d'émotion..


D'abord l'acquisition, que ce soit un prélèvement dans la nature ou un achat en pépinière, est induite par un coup de cœur pour un arbre, un style, une silhouette plus ou moins intéressante. A ce moment  donc j'ai déjà une idée de l'esprit qu'il y a dans le Yamadori ou que je voudrais y mettre. Je ne ramasse pas n'importe quoi. Il faut de l'inspiration... Il y a aussi des styles ou formes que j'affectionne plus, comme la cascade ou le fukinagashi, car ce sont les styles les plus évocateurs de l'esprit de la montagne et naturel dans un contexte de souffrance et résistance aux éléments. Car c'est ça le but du bonsaï notamment concernant le pin. Il y a un peu de nostalgie la dedans.

Il ne faut prélever que ceux qui sont "prélevables" ce n'est pas une lapalissade... On ne devrait prélever que ceux qui ont un bon potentiel de reprise, sinon c'est peine perdue et temps perdu .. Et ça n'est pas la taille de le motte qui est le bon critère. Mais le nombre de racines nourricières présentes sur le pivot, avec ou sans motte !! Quand on parle de motte on devrait plutôt dire: paquet de racines nourricières presque intactes. Donc un paquet de chevelu de ces fines racines dites nourricières et en état de marche au bout d'un pivot ou d'une grosse racine suffit. S'il y a deux ou trois de ces paquets nourriciers c'est mieux bien sûr. Donc celui qui sera prélevable c'est celui qui aura des racines fines dites nourricières et un paquet de dix cm, intact, suffira pour un arbre d'un demi mètre cube ou d'environ 80 cm de haut.
Une motte de 100kg de glaise ne veut pas dire bon potentiel de reprise. C'est faussement rassurant de prélever 100 ou 200kg de motte, mais si il n'y a pas de nourricières dedans l'arbre est mort !! Ce n'est pas comme le genévrier qui lui peut être nourrit par humidité et phytostimulants sur ses écailles. J'ai l'habitude de dire que le pin c'est souvent le contraire du Juniperus, ce qui est valable pour le Juniperus ne l'est pas forcément pour pour le pin et vice versa. Il y a les éleveurs de Juniperus et les éleveurs de pin...!! Ce sont deux mondes différents en quelque sorte. Et si vous voulez faire du pin alors que vous êtes un habitué de Juniperus il va vous falloir tout remettre en cause !! Point de vue prélèvement mais aussi culture, entretien, etc...

Le Mentonnais que je suis a eu aussi de la casse, bien sûr, mais presque uniquement sur les pins prélevés en pleine terre avec une motte sensée contenir beaucoup de radicelles, et qui n'en contenait pas en fait. Pour bien faire il faut observer en effet le contexte de la plante, l'ensoleillement et le terrain, le substrat plus ou moins favorable au bon état du mycorhize, c'est à dire plutôt l'humidité car la bonne présence du mycorhize lors du prélèvement y est pour quelque chose dans la reprise. Donc tout cela est à apprécier lors la prise de décision du prélèvement yamadori. Par deux fois j'ai eu l'occasion de prélever des pins sans aucune racines principales, ni aucune motte ...!!! Seulement une racine nourricière de 1cm à la base et juste au dessus de la cassure du pivot... Il y en a un chez Crespi et un autre que j'ai présenté à Zurich en 2010. Sur les arbres prélevés avec une bonne estimation lors du prélèvement, je peux dire que je n'ai eu aucune perte et j'ai commencé il y a trente ans, qui dit mieux en France et en Europe ? Pour d'autres pins prélevés sans bonne étude du potentiel de reprise, comme à mes débuts notamment, j'en ai perdu très peu en fait,  ils étaient souvent prélevés sur l'injonction de l'accompagnant pressé de prélever quelque chose, j'ai du avoir 50 % de perte.

 Ce qui tue les pins prélevés, c'est la non reprise des radicelles nourricières. Si l'arbre vient facilement c'est qu'il n'y a pas de pivot qui s'enfonce au diable mais des racines qui s'ancrent mais en superficie. Donc prélevable, il suffit de disséquer soigneusement ces racines et les paquets afférents. Et surtout de bien protéger ces paquets de fines radicelles et leurs canaux de sève résinifères dans les racines qui vont vers le tronc : surtout ne pas plier ces racines pour les emballer dans une toile ou autre, et les tenir dans l'humidité, au besoin ne ramasser qu'un arbre à la fois ! S'il y a un pivot peut etre que l'arbre est prelevable s'il y a des racines nouricieres au niveau du collet, donc à rechercher avant de couper ce pivot.

Je taille les pins au prélèvement, mais ne fait pas de grosses coupes, pour éviter une trop forte évaporation qui provoque la déshydratation : pas d’inquiétude la sève qui s'écoule est de la résine, et dans le cas du pin cette résine bouche très vite les canaux résinifères au nombre de 5 à 10 environ selon l'espèce de pin (Couper droit une branchette et regardez tout de suite la tranche, avec de bons yeux ou une loupe vous verrez de mini gouttelettes de résine, ça brille.. comptez les .. ce sont les canaux résinifères.).     C'est vrai que cette taille au prélevement donne un aspect un peu squelettique à la plante, mais après la reprise elle aura très vite fait de récupérer son houppier de verdure, pas d’inquiétude là dessus, de plus, cela favorise l’émergence de bourgeons arrières, donc aide à la reprise. Et si elle reprend, effectivement on a gagné en plus du temps pour la ramification.

Taille ou désaiguillage:  le principe de cette taille  est de diminuer la surface d'évaporation en diminuant le nombre d'aiguilles. Je ne desaiguille pas, mais coupe la ramification secondaire ou tertiaire voire plus loin, ça permet donc de réduire le nombre d'aiguilles et en cas de reprise de commencer déjà à stimuler les bourgeons arrières ( et ces bourgeons arrières apparaissent très vite sur les branches jeunes et si l'arbre fonctionne, enfin reprend comme on dit). On rapproche donc la verdure dès le prélèvement, le jour même du prélèvement, ce qui soulage l'effort que doit faire les racines restantes, il s'agit de réduire presque d'autant la partie verte que l'a été la partie racinaire.

Bien sûr, certains ont peur d'en faire trop au moment du prélèvement et laissent la plante en croisant les doigts et en se fiant au destin ou en priant à la grandeur de je ne sais quel Dieu...Mais rien de tel que d'utiliser le mécanisme physiologique de la plante de façon rationnelle : ce que je dis est logique ! Quand je peine à monter un escalier, essoufflé de porter trop de poids, la première chose que je fais d'intelligente après m'être arrêté pour reprendre mon souffle, c'est de poser la charge et de reduire le poids ou de demander à quelqu'un de m'aider. Il faut aider les racines !! Pitié pour elles...

Nous sommes au lit de malades qui souffrent de "transfert" (on est en chirurgie...) d'un lieu à un autre avec des climats différents, le climat où il était dans la montagne à celui dans lequel on compte le faire vivre dorénavant, avec des soins d'arrosage, d’ensoleillement, etc, différents.

Après avoir fait le bon prélèvement, en automne et encore mieux avant le "deuxième printemps", c'est à dire aux environs de la fin août mi septembre, il faudra dans un premier temps le mettre à l'ombre et diminuer la masse foliaire, cela évitera une trop grande évaporation et aussi par rapport aux racines qui ne pompent pas assez.

Sur un pin prélevé, le fait que les vieilles aiguilles jaunissent et tombent est signe que la plante réagit et fonctionne, si elle ne fonctionnait plus les vieilles aiguilles sècheraient, mais les aiguilles de l'année aussi.

LA CULTURE

Le beau bonsaï, c'est à dire du mochikomi, c'est 99, 99% de culture contre 0,01% de technique d’esthétique, je n'ai que le mérite du cultivateur sur 20 ans à 99,99%, mais j'ai aussi le mérite de l'avoir cultivé dans la bonne direction sur 0,01% du temps en intervenant de temps en temps et au bon moment et avec amour et respect du naturel ou de la nature, et pour essayer de faire mieux qu'elle esthétiquement dans un imaginaire bien à moi.

Il faut comprendre l'esprit du pin, ses besoins et peut être devoir renoncer si on ne peut lui apporter tout ce dont il a besoin, désolé mais c'est l'arbre qui commande, pas l'homme, et on ne peut se faire aimer de force par un être vivant (si on ne lui donne pas ce dont se nourrit cet amour) donc la première chose à savoir, c'est de savoir si l'on apporte tout ce dont a besoin un pin, et la première chose à lui donner, et en abondance comme en altitude c'est le soleil, mais aussi de l'eau et du mycorhize. Donc humidité, sol drainant, arrosage abondant pour le mycorhize et... du soleil !! Et encore du soleil et du soleil matin jusqu'à en devenir jaune à la fin de l'hiver...bref il faut du soleil et encore du soleil !!
Les pins au dessus de la Loire fonctionnent bien, trop bien, construisant un bois trop vite, trop gros et trop mou, un peu comme les obèses de notre société moderne qui souffrent de surpoids et de cholestérol, ils vivent mieux en apparence, mais moins longtemps...Or le souci c'est de les faire vivre sur la distance. D'une région à l’autre il y a des différences. L'arbre prélevé dans le sud de la France et avec un patrimoine génétique adapté à un certain rayonnement solaire une fois transporté ailleurs nécessite non pas une acclimatation progressive mais des besoins identiques à ce qu'il avait dans le sud.

N'ayant pas le même patrimoine génétique et pas la même morphologie dans ses canaux résinifères il aura du mal à résister longtemps, par exemple les mélèzes ou les pins cembro ou uncinata qui périclitent s'ils n'ont pas le froid de l'hiver et l'irradiation intense en altitude de l'été. Pour le pin Sylvestre venant du sud, c'est la même chose sauf qu'il va mettre plus de temps à péricliter, sauf à lui apporter tous ses besoins. Le pin sylvestre au dessus de la Loire n'aura pas le même aspect que celui du sud en altitude, souffrant de sécheresse, etc... Cela reste du Sylvestre mais il sera différent avec de grandes aiguilles donc moins beau pour la culture bonsaï, moins résistant, moins torturé et moins âgé avec des écorces moins squameuses, bref moins beau pour l'usage esthétique que l'on veut en faire. Les pins poussant dans de trop bonnes conditions sont plus "beaux" mais moins impressionnants de par leur écorce moins squameuse et leur feuillage trop beau, trop vert, comme un arbre de plaine ou de jardin. Ce n'est pas ça que l'on recherche en art bonsaï, le pin en art bonsaï voulant signifier le dur combat de la vie face aux éléments, aux échecs, aux accidents, etc...

Il faut comprendre le fonctionnement du pin et de ce fait alors lui donner ce dont il a besoin, en connaissance de cause. Alors bien sûr si on habite un lieu ou il n'y a pas ou peu de soleil, et bien il faudra changer de lieu de culture ou améliorer les conditions de cette culture, comme par exemple exposer les arbres suffisamment écartés les uns des autres pour ne pas qu'ils se fassent d'ombre, les surélever en les plaçant haut pour avoir plus de soleil et d'air circulant, avoir un sol clair refletant la lumière.

Écoutez bien. La culture du pin c'est avant tout une bonne culture du mycorhize il faut tout baser sur la bonne santé du mycorhize, ça veut dire un substrat favorable au mycorhize, un arrosage aussi adéquate pour lui, des engrais qui ne le tuent pas (pauvres en phosphore) et aussi des pesticides qui ne violentent pas le mycorhize. Comptez le nombre de fois que j'ai écrit mycorhize et vous comprendrez alors son importance capitale.
J'ai acheté par trois fois des vieux pins sylvestres yamadori à un préleveur  qui a écrit des choses sur cette essence, et bien quand j'ai regardé le système racinaire tout de suite après l'achat en juin 2008, quelle ne fut pas ma surprise de voir ou plutôt de ne pas voir de motte racinaire. Tout la terre s'effritant avec que quelques racines allongées et non ramifiées. Alors que cette plante avait été travaillée et prélevée depuis des années... Après changement de terre, sans couper les racines et cela dans le courant de l'été 2008, remplaçant la pouzzolane par du sable granitique et par de la mousse mycorhizée, qu'elle ne fut pas ma surprise de voir dès le mois septembre suivant une motte compacte et blanche de mycorhize et avec un chevelu racinaire ramifié en quelques mois, donc permettant des travaux dès l'automne en novembre.

Le transpotage reste une opération délicate en été mais possible si on ne coupe aucune racines et surtout si on ne bouscule pas le mycorhize (c'est lui qui est important ), on le fait en cas de nécessité, poterie cassée ou plante défaillante, cela devient alors une opération salvatrice...De la mousse prélevée au pied des grands pins oui. Moi je mycorhize mes nouvelles conquêtes...avec la mousse des anciens bonsaï qui se portent bien et cette mousse est souvent blanche de mycorhize à la racine des fibres ! Ou alors de la terre ou des racines d'arbres rempotes.

Quand je dis défaillante je pense à ces plantes qui perdent avec le temps un peu de leur superbe, au feuillage terne, qui perdent des branches qui sèchent, au bourgeonnement insuffisant, etc...

Dans le cas du pin il faut tout de suite voir :

1.  Si il n'y a pas trop de racines qui s'enroulent comme un chignon au point de faire monter la motte comme un ascenseur, auquel cas il faut rempoter et tailler les racines de manière à ce qu'une nouvelle ramification se fasse plus proche du nebari.

2. L'état de santé du mycorhize (voire les deux problèmes): l’état de la partie aérienne est le reflet de ce qui se passe en souterrain, si le mycorhize va bien, il va protéger les racines comme un antibiotique (et là c'est automatique..) empêchant les maladies des racines et permettra à ces mêmes racines de ramener certains éléments indispensables à l'arbre sur une surface souterraine beaucoup plus étendue que ne pourrait le faire les racines de l'arbre, même dans un pot bonsaï.

Après m'être assuré de la bonne culture du mycorhize et donc de la bonne santé de l'arbre, que ce soit un arbre récemment prélevé ou un déjà installé et acheté à un préleveur, je mets en route deux actions ou techniques concomitantes et simultanées.
 A la bonne saison quand même, c'est à dire toute l’année sauf du début de la montée des chandelles jusque vers la fin juin, voire la fin août s'il s'agit d'un rempotage en profondeur...quand les aiguilles sont dures. Je mène souvent de front  le travail sur le racinaire et le travail de densification de l'aérien, voire même si l'arbre semble résistant, en bonne santé, un travail de structuration avec taille des grosses branches éventuellement, si je suis sûr du futur style à adopter . Mais en général je ne coupe pas trop les grosses branches, les réservant pour un éventuel changement de style ou de face selon l'évolution de la plante, car encore une fois C EST LA PLANTE QUI DÉCIDE DE CE QUI VA VIVRE AU MIEUX COMME BRANCHE, les plus ou moins abîmées par le travail de préparation sur le racinaire et autres. Donc un moment d'attente semble raisonnable à ce stade car la plante peut décider autrement, et au risque de se retrouver avec une plante saccagée et avec un potentiel diminué. Donc patience. Et c'est pas l'homme qui décide tout à ce moment là...Il faut tenir compte des possibilités de la plante, il faut marcher de concert avec elle et selon ses possibilités. Ceci dit si elle est bien tenue en bonne santé, et ce n'est pas forcément la couleur bien verte du feuillage qui détermine la bonne santé, mais l'abondance du mycorhize...j'insiste.., on peut être raisonnablement téméraire.

Je ne désaiguille pas ..!!...  pour favoriser le bourgeonnement arrière sur mes pins sylvestres, ni les autres pins d'ailleurs,  mais je pratique la taille car c'est beaucoup plus efficace et plus rapide. je ne désaiguille pas non plus car aussi beaucoup de bourgeons arrières naissent de l'aisselle de la paire d'aiguilles. donc en désaiguillant on fait plus de mal que de bien, on se prive de ce phénomène.

En coupant les bouts de branches en juillet, on rééquilibre les forces entre la partie aérienne et la partie racinaire, cela soulage les racines qui ont moins besoin de se développer vite pour face aux besoins de la partie aérienne. De couper celà ne fatigue pas la plante au contraire et en plus on commence déjà à faire un travail de mise en forme d'arbre bonsaï.





Dès septembre on pourra voir des bourgeons arrières apparaitre, voir plus tôt.






UN PIN TRIPLE TRONCS

 

 














 

Le pin sylvestre aime la taille !!

Il  profite grandement d'être élagué et se ramifie très bien, aussi bien au niveau racinaire qu'au niveau de la partie aérienne.

Voici un pin trois troncs yamadori, sans soins d'entretien depuis longtemps, avec des branches qui s'allongent et qui s'allongent encore, car laissées sans tailles, et qui dépérit au final notamment sur les branches basses, comme notamment le troisième petit tronc de ce pin ci contre.

Photo de 2009 à l'acquisition au mois de Mai.

S'agissant d'un pin sylvestre, le désaiguillage n'est pas de mise comme avec le pin noir du japon, et la première chose à faire dès l'achat en Mai 2009 a été :
1 : De tailler les branches trop longues.
2 : De lui donner du fer, vitamines, engrais organique et minéral, de le mettre sur une couche de pumice en guise de couche de drainage, et surtout de le mycorhizer par application sur la surface de la mousse venant de pin en bonne santé, et l'arroser abondamment, de manière à avoir une humidité constante, favorable au mycorhize ! Car cultiver un pin c'est d'abord et avant bien cultiver son champignon !
3 : Bien sûr de le mettre en plein soleil !! En veillant à ce que le petit tronc ne reste pas dans l'ombre des plus grands.

La réponse ne s'est pas fait attendre, dès le mois de juillet des bourgeons apparaissent sur la coupe des rameaux, et les bourgeons dormants dit arrières apparaissent par dizaines sur les branches secondaires, ce qui permet d'ailleurs une nouvelle deuxième taille dès la fin août de la même année.

Une première mise en forme avec ligaturage est effectuée après le rempotage et une position d'implantation qui met en mouvement les branches et surtout les troncs qui étaient quelque peu tubulaires.

Le gros travail a été de sauver le petit tronc qui était très faible en l'exposant au soleil tout en le taillant lui aussi dès que des bourgeons arrières sont apparus, signe de sa résurrection.

La plante ne souffrant pas du tout, au contraire semblant profiter grandement de la taille, des travaux plus importants ont été entrepris dès la saison suivante avec ligatures plus prononcées avec haubanage et de nouveau taille des rameaux par deux fois, en juillet et en octobre.

Voici le pin juste avant la montée des chandelles en avril 2012, mis en pot à l'automne précédent dans cette position d'implantion qui met en évidence un nebari plus agréable que précedemment, qui laisse présager sa nouvelle face.


Il ne restait plus qu'à lui trouver la poterie adéquate pour le mettre en valeur dans un style multitroncs, chose faite et transpotage en juin 2012 dès réception du pot, en fait une conque aux belles couleurs ocres qui rappellent et rehaussent le rougeoyant de l'écorce du pin sylvestre.





UN PIN SOKAN DOUBLE TRONCS



Voici (ci-contre) un pin sylvestre prélevé il y a plus de vingt ans.

Dans la montagne, je l'ai ramassé parce qu'il semblait être à deux troncs...en fait non, le petit tronc s'est révélé être une branche basse (à gauche sur la photo), très basse, le départ de cette branche était caché par les herbes et les racines multiples et épaisses qui s'entremêlées au dessus du vrai nebari ! Ce petit pin poussait dans une fissure de rocher avec des racines de chaque côté à droite et à gauche, dans l'humus accumulé en surface, et un pivot partant au fond de la fissure et aplati comme un papier de
cigarette, cherchant l’humidité et le mycorhize.

L’intérêt de cette plante était qu'elle était petite et facile à prélever, toute la motte de racines superficielles est venue facilement après avoir cassé le pivot en le manipulant à droite et à gauche. Restait cette motte certes très petite mais qui contenait assez de racines nourricières pour envisager une reprise quasi assurée, d'autant que c’était une plante habituée à vivre sur peu de terre et certainement déjà aux racines ramifiées dans la motte, et mycorhizée.. donc mise en pot bonsaï de culture directement, solidement attachée, prélèvement d'automne bien sûr.. et donc comme je le disais plus haut taille des branches tertiaires pour faire développer les départs sur les branches secondaires et faire émerger les bourgeons arrières, premiers signes évidents de bonne reprise et fonctionnement de la sève et dès février mars.

 Le voila ci-contre quelques années après (le petit tronc à droite).

Il manque la photo de la mise en pot de culture juste après le prélèvement 1986 ou 1987
celle ci est une photo d'il y a une huitaine d'années dans son pot après le premier rempotage d'entretien trois ans après le prélèvement et peut être un autre rempotage a eu lieu entre temps mais il est reste dans ce pot jusqu’à il n'y a a pas longtemps. 2006 ?
Je sais que je l'avais exposé sans grand succès à l'EBA de Ostende en 2007 et dans une autre poterie ??.. Bref il n'a pas change beaucoup jusqu'à l'été dernier en 2011.

Et pris sous l’impulsion de l'esprit du studio, j'ai repris mes arbres un peu abandonnés...

Au départ le travail de structure a porté essentiellement sur la ramification par la taille des bouts de branches pour faire émerger les bourgeons arrières, et de façon concomitante, le travail sur la branche basse, après avoir découvert que le tronc fils était une branche basse et après avoir dégagé le nebari de manière a révéler qu'il y avait deux grosses racines de chaque coté à droite et à gauche. Mais aussi de toutes petites vers l'avant et l’arrière : nebari favorable au style deux tronc que j'envisage de faire, c'est la plante qui a déterminé la possibilité de ce style et sans ce deuxième tronc la plante en un seul tronc aurait été banale, voire sans aucun intérêt, mis à part la vieille écorce squameuse du tachiagari. Alors bien que cette branche/futur tronc secondaire était maintenant un peu haut placée après avoir dégagé le vrai nebari, et pour la transformer en petit tronc fils, vexé que d'avoir été floué, j'ai tenu à faire un 2 troncs quand même...


Mais le problème était un départ en U de ce petit tronc qui n’était pas joli alors j'ai fendu l'aisselle, enlevé un coin de bois et recollé comme une greffe pour obtenir un angle plus fermé. C'était une vision à long terme entre la cicatrisation et l'espoir de voir grossir le petit tronc pour s'accoler au gros tronc : ça a marche en partie mais le défaut de ce U était toujours trop visible alors j'ai triché visuellement en changeant la face, mettant le petit tronc en arrière du gros qui ferme visuellement (pour la photo) l'angle fait entre les deux troncs et en ramenant le tronc du petit fortement vers l'avant de manière à placé la tête du petit vers l'avant et l'observateur, j'ai fait ça l'été dernier.

Voici les photo d’aujourd’hui, le petit est tenu par un bambou tuteur comme un hauban pour ramener sa cime vers l'avant.


























 IL ENCORE DU TRAVAIL A FAIRE SUR CET ARBRE. Après avoir redressé l’été dernier le tronc principal vers la droite et l'avoir incliné fortement vers l'avant, il faut refaire une structure plus simple. Il y a trop de branches, refaire la cime du père, le dernier tiers supérieur est trop long, donc refaire une conicité, en juillet prochain ligaturage.

Exposition EBA 2007 à Ostende.


Il y a deux chapitres, en premier, la culture du pin sylvestre c'est de la botanique ou de l'agriculture, en second, c'est l’esthétisme et les techniques pour obtenir un beau pin en pot, certains appellent ca un bonsai, moi je dis un bel arbre !! Le but n'est pas de "produire" un bonsaï, mais de créer une plante en pot qui ressemble à un arbre !! Il y a plusieurs façons d'obtenir cela, certains prélèvent des yamadori, d'autres sèment une graine ou font des boutures, marcottes, etc, et façonnent la plante selon leur idée qu'il ont de l'arbre en pot idéal !!
Ma technique n'est pas une technique, à moins que l'on puisse dire que la patience soit une technique, dans mon cas faire un beau bonsaï, c'est trente ans d'amour de la nature, le respect du naturel, l'humilité et en même temps la prétention de faire mieux que la nature...la maitriser pour obtenir par exemple quelque chose de beau : de la soie !



C'est là que se trouve tout le génie de l'artiste ! Qui réussira à faire vivre son pin et à mettre du kodama, de l'Esprit,


LE GÉNIE SE TROUVE DANS L'ART DE VIVRE BONSAI: MANGER BONSAÏ . RESPIRER BONSAÏ . DIGÉRER ... RENTRER DANS LE PIN. INVESTIR SON ESPRIT ET RESSENTIR LA VIE DU PIN. DEVENIR PIN SYLVESTRE !!!


et se trouver soi même par la rigueur de l'esprit: